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La préparation physique


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Jean-Christophe Hourcade et Paolo Rongoni, préparateurs physiques de l'AS Saint-Etienne et du Mans université club, s'expriment sur le travail de présaison des joueurs de Ligue 1.

Prévoir le pic de forme, une utopie

Par Grégory SCHNEIDER

mercredi 27 juillet 2005 (Liberation)

le 68e championnat de France de Ligue 1 s'ouvre vendredi, avec la visite du FC Metz au parc des Princes. Depuis plus d'un mois, les 20 effectifs de l'élite sacrifient à la fameuse préparation physique, souvent assimilée à une chambre des tortures assez obscure où se fomentent les ­ éventuels ­ succès de demain. Jean-Christophe Hourcade, préparateur physique de l'AS Saint-Etienne depuis juillet 2004, et l'Italien Paolo Rongoni, en poste au MUC depuis deux mois, lèvent un coin de voile, relativisent l'importance de leur action et disent incidemment quelque chose du style qui animera leurs équipes respectives cette saison (1).

Quelle est la philosophie de votre travail ?

Jean-Christophe Hourcade. Dans le cadre défini par Elie Baup (le coach de l'ASSE, ndlr), j'essaie d'atteindre les objectifs physiologiques du joueur grâce à des exercices «intégrés». Je m'explique : un joueur doit atteindre tel objectif ­ par exemple développer sa puissance maximale aérobie de X. Nous essayons de l'y amener en le mettant en opposition (un trois contre trois, un cinq contre cinq...) ou par des exercices techniques, dans tous les cas avec un ballon. C'est un gain de temps : le joueur travaille à la fois le physique, la technique et la tactique. Tous sont équipés de cardiofréquencemètres : j'ai remarqué que, quand le joueur est attentif, il est «dans la cible». S'il l'est moins, on doit compenser en le faisant travailler de façon analytique (course, etc.).

Paolo Rongoni Le deal est clair : je dois m'inscrire dans la tradition du Mans, où le foncier et l'endurance ­ les joueurs travaillent beaucoup à base de courses aérobie, qui exigent de l'oxygène ­ constituent l'axe fort. La musculation ou la vitesse viennent ensuite ; il importe avant tout de coller à la culture du club. Mon travail s'inscrit dans un processus mis au point avant mon arrivée, qui implique aussi des médecins extérieurs.

Un club peut-il prévoir un pic de forme tel ou tel mois ?

J.-C.H. Je suis dubitatif. L'état de forme dépend de trop de paramètres dépassant le cadre énergétique pour que l'on puisse être aussi fin, aussi précis. L'équilibre familial d'un joueur nous échappe. S'il devient père de famille, son sommeil ­ donc sa récupération ­ peut changer ; il peut devenir irritable... La monotonie, le déracinement, tout peut influer. Le préparateur physique doit bien avoir ces limites en tête.

P.R. Ça relève de l'utopie. Le préparateur physique travaille sur des microcycles: son horizon, c'est le match de samedi. De plus, le coach ­ qui a la main sur les domaines technique et tactique ­ donne la note, c'est lui qui maîtrise les rythmes d'entraînement. Moi, je m'occupe de mettre le joueur à niveau.

La préparation physique, c'est primordial ?

J.-C.H. Ça compte, au même titre que la tactique ou le travail technique. Mais ce qui fait le succès ou l'échec, c'est la gestion humaine d'un groupe, la faculté de l'entraîneur à faire bosser vingt-quatre gars au quotidien et à les faire tirer dans le même sens. Moi, je m'efforce de mettre l'essence dans le meilleur moteur possible. Mais c'est l'entraîneur qui conduit la voiture.

P.R. Absolument pas ! Le rôle du préparateur physique doit être relativisé : le foot est un jeu, les composantes techniques priment clairement. De plus, le préparateur est un mécanicien qui fait avec la voiture ­ le joueur ­ qu'on lui donne. Et si le joueur évolue en Ligue 1, c'est qu'il en a les capacités physiques ; on ne peut pas complètement le transformer ni dans un sens ni dans l'autre.

Y a-t-il un «âge d'or» du footballeur ?

J.-C.H. J'en parlais avec Arsène Wenger, le coach d'Arsenal, où j'étais en stage il y a deux mois : le footballeur développe son potentiel durant ses années de formation et ensuite, à partir de 21-22 ans, il n'évolue plus beaucoup. Arsène a eu des gars pendant sept ou huit ans : avec les matchs tous les trois jours et les exigences du haut niveau, il n'avait plus le temps matériel de les améliorer physiologiquement. Pour gagner un centième de seconde sur 100 mètres, un athlète accomplira un travail spécifique pendant des mois. Ce travail est un luxe dont le footballeur pro, prisonnier du calendrier et du contexte, est privé.

P.R. Jusqu'à 22 ans, un joueur a pour lui la sève, la fraîcheur physique et mentale. Physiquement, il progresse jusqu'à 27 ou 28 ans. Ensuite, il est plutôt en pleine gestion : le métier (ne pas faire la course de trop, lecture du jeu) est rentré, il connaît ses adversaires directs et possède en principe un impact psychologique sur ses coéquipiers. Il y a des exceptions : l'an passé, je me suis occupé de Christian Karembeu (alors âgé de 34 ans, ndlr) et vous jure que ça reste un monstre physique. Mais là, on parle de génétique. Il y a autre chose. Il y a une douzaine d'années, les joueurs faisaient tous la même chose. Aujourd'hui, personne ne travaille comme son coéquipier: les exercices sont ciblés, individualisés. Si les joueurs n'en finissent plus de repousser l'âge de la retraite, c'est à cette culture qu'ils le doivent.

Les exigences physiques sont-elles plus importantes ?

J.-C.H. Bien sûr, et c'est parfaitement quantifiable: c'est surtout la distance parcourue à haute intensité qui grimpe. Avec des temps de récupération de plus en plus faibles.

P. R. Au départ, un joueur pro a quelque chose de plus. Disons que chaque joueur, dans son style, arrive à «faire vivre» sa différence de mieux en mieux: de plus en plus résistant, de plus en plus rapide, etc.

Première idée reçue : un bon préparateur physique, c'est un but en fin de match. Qu'en pensez-vous ?

J.-C.H. Je ne crois pas. Il y a d'autres paramètres : le sang-froid, la réussite, etc. L'an passé, Saint-Etienne a pris des buts en fin de partie. Et il en a mis. Donc, on dit quoi ?

P.R. Pour moi, cette statistique a effectivement du sens. C'est un signal : si les joueurs sont encore lucides, ça veut dire qu'ils ne sont pas trop entamés physiquement.

Deuxième idée reçue : le foot, sport technique, est relativement protégé du dopage. (2)

J.-C. H. Avec de l'EPO ou de la testostérone, un joueur pourrait gagner en endurance et en puissance. La Fédé a augmenté les contrôles. Mais ça a existé et ça peut continuer, il ne faut pas se voiler la face.

P.R. Le doping est un cancer qui touche le sport en général. La possibilité d'être plus performant peut sûrement exercer une influence, même dans un sport technique.

(1) Contacté, Philippe Lambert, préparateur physique de Lille, a fait savoir qu'il ne communiquait pas sur la préparation physique du Losc.

(2) Aucun footballeur de Ligue 1 n'a été sanctionné à la suite d'un contrôle positif depuis 1997.

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