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Il était une fois l'Italie


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FOOTBALL

En Italie, les stades se vident et les téléspectateurs boudent

LE MONDE | 06.01.05 | 14h49

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La baisse d'audience du Calcio serait due à l'inconfort des stades, au médiocre niveau de jeu et à la multiplication des retransmissions.

Rome de notre correspondant

Moins de 400 spectateurs payants pour un match de Série A, la première division italienne ? L'impensable s'est produit, le 10 novembre 2004, à Parme. Pour assister à la rencontre de championnat entre l'équipe locale et la Reggina, les guichetiers du stade Ennio-Tardini n'ont vu passer que 362 personnes. Certes, les deux équipes sont mal classées, mais une telle excuse ne tient pas quand il s'agit de la Juventus Turin, elle aussi boudée par son public alors qu'elle est en tête du championnat d'Italie. En début de saison, pour un match considéré comme un sommet contre l'AS Roma, 26 675 spectateurs avaient pris place dans le stade des Alpes, d'une contenance de 75 000 personnes.

Depuis le début de la saison, les stars au maillot noir et blanc évoluent devant des gradins dégarnis. En Ligue des champions, contre l'Ajax Amsterdam, il n'y avait que 6 885 supporteurs, malgré une opération "prix cassés" mettant les places de virage à 10 euros. En dépit des bonnes performances de la Juve ces dernières saisons, le nombre des abonnés est tombé de 28 000 en 2003-2004 à 17 000 cette année. Le phénomène ne touche pas que le club turinois. Selon une enquête du quotidien sportif Corriere dello Sport, les stades italiens ont perdu plus d'un million de spectateurs depuis dix ans.

"Nous avons les pires stades du monde", a reconnu Adriano Galliani, président de la Ligue professionnelle de football. Son constat est partagé par le président de la fédération, Franco Carraro : "Nos stades sont inadaptés, a affirmé récemment celui-ci. Ils ont été conçus pour la Coupe du monde de 1990, donc au milieu des années 1980. Le confort est inférieur à celui d'il y a trente ans."

L'analyse des deux dirigeants, en pleine campagne électorale pour le renouvellement de leurs mandats, est partiellement destinée à interpeller les pouvoirs publics dans la perspective d'une candidature de l'Italie pour l'organisation du championnat d'Europe des nations en 2012. Mais elle rejoint aussi celle des dirigeants de clubs, désireux d'offrir un meilleur accueil, comme l'ont fait les Britanniques depuis quinze ans.

Pour expliquer la désaffection du public, plusieurs entraîneurs ont également déploré la faiblesse du spectacle produit. La faute, selon eux, au trop grand nombre de matches joués. Pour la première fois depuis 53 ans, le nombre des clubs en Série A est passé de 18 à 20. "La qualité du jeu a bien baissé, a admis Carlo Ancelotti, le technicien du Milan AC. Les possibilités de préparer les matches se sont amenuisées, et le niveau s'en ressent. Je n'ai la possibilité d'entraîner vraiment l'équipe qu'une demi-heure par semaine, le reste est exclusivement de la récupération et du tableau noir."

Manque de confort, faiblesse du spectacle, mais aussi coût des places et horaires brouillés ! Les Italiens rechignent devant les prix pratiqués : jusqu'à 40 euros pour une place en virage lors du sommet entre la Juventus et le Milan AC, le 18 décembre. Pour protester contre des déplacements de plus en plus onéreux - pas moins de 80 euros par match -, les tifosi milanais avaient déserté quelques minutes les gradins de San Siro lors du match précédant leur voyage à Turin. Ils n'avaient laissé qu'une banderole adressée à leur club chéri : "Partout avec toi !... oui, mais quand... et à quel prix ?"

Le public reproche aussi au championnat ses nouveaux horaires. Les clubs sont accusés d'avoir vendu l'âme du Calcio à Rupert Murdoch, dont le bouquet satellite Sky diffuse tous les matches de championnat. "Horaires : la télé décide, la Ligue obéit, c'est le tifoso qui subit", ont écrit un jour les ultras du Milan AC, tandis que ceux de Bologne réclamaient "les matches à 15 heures". La traditionnelle messe du dimanche après-midi, avec coup d'envoi invariablement fixé à 14 h 30, s'étale désormais du vendredi soir au dimanche soir. On joue même aussi parfois en semaine. Refrain bien connu : trop de calcio tue le Calcio, y compris à la télévision.

Pour son dernier match amical contre la Finlande, l'équipe nationale n'a attiré que 24 % d'audience sur RAI 1 (moins de 7 millions de téléspectateurs), contre 26 % pour un film éculé sur Canale 5. Mais ce sont les émissions de débat qui souffrent le plus de l'explosion de l'offre. L'émission 90e minute, le rendez-vous culte sur RAI 1, chaque dimanche à 18 heures, a perdu un million de téléspectateurs en un an. Sa part d'audience est passée de 32,74 % en 2003-2004 à 28,51 %.

La baisse est aussi sensible pour "Quelli che il Calcio..." sur RAI 2 (- 4,81 %) ou les émissions de fin de soirée dominicale comme "Controcampo" sur Italia 1 (- 3,9 %) ou "La domenica sportiva" sur RAI 2 (- 2,45 %). Le lundi soir, sur La 7, l'antique "Processo Biscardi" s'étiole lui aussi. Les abonnés de Sky ont déjà tout vu, ils n'attendent plus comme avant les disputes épiques de ces talk-shows où l'on "refait le match" à perte de vue.

Pour le directeur des sports de la Rai, Fabrizio Maffei, "la mayonnaise de la Série A ne prend pas : Sky fait la pluie et le beau temps en étalant les matches sur plusieurs jours et personne n'y comprend plus rien : il faut réfléchir à l'avenir". Certains soupçonnent la RAI de dramatiser la situation pour préparer l'opinion à la disparition prochaine du football sur les chaînes publiques. Déjà, la télévision italienne a annoncé qu'elle n'achètera que 25 matches sur les 98 possibles lors de la Coupe du monde 2006.

Le Calcio se prépare à une autre révolution, à partir du 22 janvier : la retransmission des matches de championnat par la télévision numérique terrestre (TNT). Mediaset, le groupe de la famille Berlusconi, et La 7, appartenant à Telecom Italia, ont acquis les droits de tous les clubs, hormis la Lazio, Udinese et Sienne. Sans abonnement, sans parabole, avec un simple décodeur et une carte prépayée, les amateurs de football pourront regarder le match de leur choix pour 2 à 3 euros.

Le risque est double pour les clubs italiens. D'une part, Sky se trouvant privé de son monopole, la prochaine négociation sur les droits télés se fera à la baisse. D'autre part, les stades pourraient continuer à se vider. Pour leur future enceinte, dont la restructuration devrait commencer en 2005, les dirigeants de la Juventus ont imaginé une "bonbonnière" accueillante et chaleureuse de moins de 40 000 places.

Jean-Jacques Bozonnet

ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 07.01.05

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Italie, Le Monde, suite du feuilleton :

La TNT italienne cherche à s'imposer avec le football

La diffusion numérique couvre déjà 70% de la Péninsule mais n'offrait jusque-là que des programmes très limités.

ROME de notre correspondant

"Le football va servir de locomotive au numérique terrestre." Piersilvio Berlusconi, vice-président de Mediaset, l'empire télévisuel fondé par son père, Silvio, ne cache pas les espoirs fondés par son groupe sur la retransmission en direct sur les écrans, à partir du samedi 22 janvier, des rencontres du championnat italien sur son bouquet Mediaset Premium.

Pour cette première journée des matches retour, les téléspectateurs italiens pourront voir, en paiement à la séance (pay per view), Inter Milan-Chievo Vérone à 20 h30. Auparavant, ils auront pu visionner de la même manière Bologne-Cagliari sur les canaux en numérique terrestre de La 7, l'une des deux chaînes détenues par Telecom Italia.

Lancée en décembre 2003, la télévision numérique terrestre (TNT) italienne fait une entrée remarquée sur le marché du football, exploité jusque-là par Sky Italia, le bouquet satellitaire de Rupert Murdoch. Ce dernier a négocié avec les clubs de football les droits de diffusion sur le satellite.

Mais Mediaset et Telecom Italia arrivent aujourd'hui par le biais du numérique terrestre. A partir de juin 2004, Mediaset a acquis, pour 125 millions d'euros, les droits de diffusion jusqu'en 2007 des matches à domicile de huit équipes, dont les trois plus grands clubs de la Péninsule : la Juventus de Turin, l'Inter Milan et le Milan AC, présidé jusqu'à ces dernières semaines par Silvio Berlusconi lui-même. Son concurrent, La 7, a acheté pour 32 millions d'euros, également pour trois saisons, les droits de neuf autres équipes de Série A, la première division italienne. Seuls Udinese, Sienne et la Lazio n'ont pas encore signé. Les deux groupes ont conclu un accord d'échange des images de buts dont ils ont les droits.

Pour avoir accès à cette offre sportive, il suffit d'acheter un décodeur adapté, puis de se procurer, dans les bureaux de tabac ou dans les kiosques, une carte prépayée. Par décision du gouvernement Berlusconi, les décodeurs de TNT bénéficient d'une subvention (ramenant leur prix de 140 à 70 euros), contrairement à ceux de Sky. Il suffit ensuite d'insérer sa carte dans le décodeur : 10 euros pour 5 matches chez Telecom Italia ; 9 euros pour 3 matches chez Mediaset. Les 140000 cartes Mediaset Premium mises en vente le 10 janvier ont été épuisées en trois jours.

La TNT italienne couvre 70% du territoire, mais elle n'offre jusqu'à présent que les programmes fantomatiques, et essentiellement gratuits, de cinq multiplexes répartis entre la télévision publique (RAI), Mediaset et La 7. Moins d'un million d'Italiens se sont équipés d'un décodeur. Avec une offre football simple et peu coûteuse, elle devrait connaître une forte montée en puissance. L'enjeu est de taille : une loi de 2001, confirmée par la loi Gasparri sur l'audiovisuel de 2004, fixe à décembre 2006 le passage obligé du système actuel de retransmission analogique au mode numérique.

Sur la période 2003-2005, Mediaset a décidé d'investir 200 millions d'euros dans cette technologie, suivie par la RAI, qui a dépensé 160 millions d'euros pour ses quatre canaux thématiques gratuits. Pour sa part, Telecom Italia a consacré 70 millions d'euros à la TNT, tout en développant d'autres technologies. Ainsi, grâce à un accord avec Mediaset, Telecom Italia propose aux amateurs de football les matches de 22 équipes de Série A et de Série B sur son portail à large bande Rosso Alice, accessible aux ordinateurs reliés au réseau ADSL ou de fibre optique.

LES CLUBS S'INQUIÈTENT

Sky Italia fait mine de ne pas craindre cette nouvelle concurrence : "Nous avons atteint le seuil de 3 millions d'abonnés avec un mois d'avance sur notre tableau de marche et nous comptons en avoir 3,4 millions d'ici à la fin du premier semestre", dit-on dans le groupe Murdoch, en faisant valoir qu'un abonnement mensuel de 47 euros n'ouvre pas seulement le droit au football italien et étranger, mais aussi au meilleur du cinéma. Toutefois, le porte-parole de Sky redoute de voir "le produit football dévalué". Il évoque la possibilité de réviser à la baisse la somme de 406 millions d'euros payés par Sky.

Les huit clubs dont les contrats avec Sky Italia doivent être renégociés dès le mois de juin s'inquiètent d'une baisse de leurs revenus. D'autant que la RAI menace aussi de ne plus verser les 65 millions d'euros qu'elle paie pour pouvoir diffuser les buts du championnat et de la Coupe d'Italie dans ses émissions sportives. Dans un entretien au quotidien sportif Gazzetta dello Sport, Piersilvio Berlusconi a voulu rassurer les clubs qui ont signé avec Mediaset : "Nous les dédommagerions si Sky venait à réduire leurs contrats", a-t-il déclaré, dimanche 16 janvier. Pour les autres, le président de la Ligue professionnelle, Adriano Galliani, avance une étude du cabinet spécialisé Italmedia Consulting selon laquelle les droits du Calcio devraient monter à 597 millions d'euros en 2007 contre 433 millions en 2004. Selon la même source, la télévision numérique terrestre, dopée par le football, représentera 17% des revenus de la télévision payante en 2010, contre 56% pour le satellite et 27% pour les opérateurs du câble et de l'ADSL.

Jean-Jacques Bozonnet

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